En un peu plus de vingt ans, 3Shape est passée du statut de jeune entreprise danoise spécialisée dans l’imagerie 3D à celui d’acteur majeur de la dentisterie numérique. Des scanners de laboratoire à TRIOS, de Dental System aux plateformes connectées, l’entreprise a profondément modifié le quotidien des laboratoires dentaires et des cabinets. Retour sur l’histoire d’un groupe devenu incontournable dans la CFAO dentaire.
Dans les laboratoires dentaires, certains noms sont devenus presque familiers. 3Shape en fait partie. Ses scanners de laboratoire, ses logiciels de conception, ses solutions de gestion de cas et ses scanners intra-oraux occupent aujourd’hui une place importante dans les flux numériques utilisés par les prothésistes dentaires et les chirurgiens-dentistes.
Pourtant, derrière cette présence massive dans le secteur dentaire, l’histoire de 3Shape reste parfois méconnue. L’entreprise n’est pas née dans un laboratoire dentaire, mais dans l’univers de l’audioprothèse. Avant de participer à la numérisation des couronnes, bridges, implants ou prothèses, elle a d’abord travaillé sur la fabrication d’appareils auditifs personnalisés.
Cette origine est essentielle pour comprendre la logique de 3Shape. Dès le départ, l’entreprise ne s’est pas contentée de vendre un outil. Elle a cherché à transformer des chaînes de production artisanales en flux numériques complets. Cette manière de penser — scanner, concevoir, produire, connecter — deviendra ensuite l’un des marqueurs de son développement dans le dentaire.
Des appareils auditifs avant les dents
L’histoire commence à Copenhague, à la fin des années 1990. Deux profils complémentaires se rencontrent : Tais Clausen, ingénieur formé à l’Université technique du Danemark, et Nikolaj Deichmann, issu du monde de la finance et de l’économie. Leur point commun : l’idée que l’imagerie 3D peut transformer des métiers où chaque objet doit être conçu sur mesure.
En 2000, ils fondent 3Shape. L’entreprise démarre modestement, avec une ambition déjà claire : utiliser les technologies de numérisation et de conception pour améliorer des processus de fabrication personnalisée.
Le premier grand terrain d’application n’est pas la bouche, mais l’oreille. Dans l’audioprothèse, chaque appareil doit être adapté à l’anatomie précise du patient. À l’époque, la fabrication des coques et embouts repose encore largement sur des empreintes physiques, des ajustages manuels et des méthodes difficiles à standardiser.
3Shape comprend rapidement que sa technologie peut servir à bien plus qu’un simple contrôle qualité. Le scanner 3D peut devenir le point de départ d’un flux complet : numériser l’empreinte, concevoir la coque, organiser les données, puis produire plus rapidement et plus régulièrement.
Cette première réussite dans l’audioprothèse va fortement influencer la suite. Le principe est déjà celui que l’on retrouvera plus tard dans les laboratoires dentaires : transformer une empreinte physique en donnée numérique, puis utiliser cette donnée pour concevoir un objet personnalisé avec plus de précision et de reproductibilité.
Le passage au dentaire
Le lien avec la prothèse dentaire est presque naturel. Comme l’audioprothèse, le dentaire repose sur des objets sur mesure. Une couronne, un bridge, une prothèse amovible ou un élément implantaire doivent s’adapter à une anatomie unique. Les laboratoires travaillent à partir d’empreintes, de modèles, d’occlusions, de limites, de matériaux et d’informations transmises par le cabinet.
Au milieu des années 2000, 3Shape se tourne donc vers les laboratoires dentaires. En 2005, l’entreprise lance son premier scanner de laboratoire dentaire. Ce moment marque le véritable début de son histoire dans le secteur qui fera sa notoriété mondiale.
Mais la force de 3Shape n’est pas seulement de proposer un scanner. L’entreprise développe un environnement complet, associant matériel et logiciel. Le scanner permet de numériser les modèles ou les empreintes ; le logiciel permet ensuite de concevoir la restauration ; les données peuvent enfin être utilisées pour la fabrication, notamment par usinage ou par impression selon les flux.
Cette intégration progressive du scanner, du logiciel et de la production transforme le travail du laboratoire. Là où le prothésiste travaillait exclusivement sur modèle physique, cire, plâtre, métal ou céramique, il commence à manipuler des fichiers numériques, des bibliothèques de dents, des limites virtuelles, des paramètres matériaux et des flux de production assistés par ordinateur.
La CFAO dentaire n’a pas été inventée par 3Shape seule. D’autres acteurs ont participé à cette transformation, notamment exocad, Dentsply Sirona, Align Technology, Medit ou encore les fabricants de machines et de matériaux. Mais 3Shape a joué un rôle majeur dans la diffusion de ces outils dans les laboratoires, notamment grâce à la combinaison de ses scanners de laboratoire et de Dental System.
Dental System, colonne vertébrale du laboratoire numérique
Avec Dental System, 3Shape s’installe durablement dans le quotidien des laboratoires. Le logiciel devient l’un des environnements de conception les plus connus du secteur. Il permet de gérer de nombreux types de travaux : couronnes, bridges, inlays, onlays, prothèses sur implants, barres, gouttières, prothèses amovibles ou encore modèles numériques selon les modules et les versions.
Pour les laboratoires, l’intérêt est double. D’un côté, le logiciel permet de gagner du temps sur certaines étapes répétitives. De l’autre, il ouvre la possibilité de travailler avec des bibliothèques, des protocoles, des matériaux et des partenaires intégrés. Le prothésiste ne conçoit plus seulement une forme ; il travaille dans un environnement qui tient compte du système implantaire, du matériau, de la machine, du centre d’usinage ou du flux de production choisi.
Cette logique d’écosystème est l’une des grandes forces de 3Shape. L’entreprise ne vend pas uniquement un programme de dessin. Elle cherche à organiser tout le parcours numérique du cas. Pour un laboratoire, cela peut simplifier la production et réduire certaines erreurs. Mais cela crée aussi une dépendance forte à un environnement logiciel, à ses licences, à ses mises à jour et à ses règles d’interopérabilité.
Cette tension accompagne toute l’histoire de la dentisterie numérique : plus un système est intégré, plus il peut être efficace ; mais plus il est intégré, plus les laboratoires doivent rester attentifs à leur liberté de travailler avec différents partenaires, formats et équipements.
TRIOS : l’empreinte optique entre dans une nouvelle phase
Après avoir fortement marqué le laboratoire, 3Shape va prendre une place importante au cabinet dentaire avec TRIOS, son scanner intra-oral. Le lancement de TRIOS en 2011 marque une étape stratégique. La prise d’empreinte numérique ne concerne plus seulement le laboratoire qui scanne un modèle ou une empreinte physique ; elle commence directement dans la bouche du patient.
Cette évolution change profondément la relation entre cabinet et laboratoire. Le praticien peut transmettre un fichier numérique au lieu d’envoyer une empreinte traditionnelle. Le laboratoire peut recevoir plus vite les informations, contrôler certaines données, organiser la conception et intégrer le cas dans un flux numérique dès le départ.
TRIOS s’impose notamment par sa volonté de rendre l’empreinte optique plus fluide, plus rapide et plus confortable. La numérisation sans poudrage, l’amélioration de l’ergonomie, la qualité couleur, les versions sans fil et l’intégration avec les logiciels de flux ont contribué à son adoption progressive dans de nombreux cabinets.
Pour les laboratoires, l’arrivée des scanners intra-oraux a été à la fois une opportunité et une contrainte. Une opportunité, parce que les fichiers numériques permettent de gagner du temps et de réduire certaines manipulations physiques. Une contrainte, parce que les laboratoires doivent s’adapter aux fichiers reçus, aux habitudes des praticiens, aux erreurs de scan, aux limites mal lisibles ou aux protocoles parfois hétérogènes.
TRIOS n’a donc pas seulement changé le cabinet. Il a modifié l’organisation du laboratoire. La réception des cas, la vérification des fichiers, le dialogue avec le praticien et la gestion des corrections sont devenus des étapes clés du flux numérique.
Une entreprise au cœur des batailles de propriété intellectuelle
Le développement de TRIOS et la montée en puissance de 3Shape sur le marché des scanners intra-oraux ont conduit l’entreprise à affronter un autre acteur majeur du secteur : Align Technology, connu notamment pour Invisalign et les scanners iTero.
À partir de 2017, les deux entreprises s’opposent dans plusieurs procédures autour de brevets et de pratiques commerciales. Align cherche notamment à faire valoir ses droits de propriété intellectuelle, tandis que 3Shape défend ses technologies et engage également des actions en réponse.
Ce contentieux illustre l’importance stratégique prise par les scanners intra-oraux et les flux numériques. Il ne s’agit plus seulement de machines ou de logiciels : derrière ces technologies se trouvent des marchés considérables, des écosystèmes de données, des relations avec les praticiens, des plateformes de traitement et des modèles économiques récurrents.
En novembre 2020, 3Shape annonce une décision favorable de l’International Trade Commission américaine dans une procédure l’opposant à Align. Selon 3Shape, l’ITC conclut alors que l’entreprise n’a pas enfreint de brevets Align valides dans cette affaire. Le contentieux global se poursuivra encore avant d’être réglé en 2022.
Le 7 février 2022, 3Shape et Align Technology annoncent un règlement mettant fin à leurs litiges en cours, notamment en matière de brevets et d’antitrust. Les termes de l’accord restent confidentiels. Pour 3Shape, cette issue permet de tourner la page d’une longue période judiciaire et de se concentrer sur le développement de ses produits et de son écosystème.
Pour les laboratoires et les cabinets, cette bataille rappelle que la dentisterie numérique est devenue une industrie de haute technologie, avec ses portefeuilles de brevets, ses plateformes fermées ou ouvertes, ses stratégies de marché et ses enjeux financiers.
L’arrivée d’EQT : une nouvelle étape de croissance
En décembre 2021, 3Shape franchit une nouvelle étape avec l’entrée d’EQT à son capital. Le fonds de capital-investissement acquiert une participation minoritaire de 20 %, tandis que les fondateurs conservent la majorité.
Cette opération marque un changement important. 3Shape n’est plus seulement une entreprise de fondateurs en forte croissance ; elle devient aussi une société accompagnée par un investisseur institutionnel capable d’accélérer son expansion internationale.
Pour un acteur comme EQT, l’intérêt est évident : 3Shape occupe une position forte sur un marché en croissance, porté par la numérisation du dentaire, l’essor des scanners intra-oraux, la CFAO, la demande esthétique, l’implantologie et la transformation des laboratoires.
Pour 3Shape, cette ouverture du capital apporte des moyens, une expérience de croissance et une structure plus adaptée à une entreprise mondiale. Elle pose aussi une question pour l’avenir : jusqu’où l’entreprise restera-t-elle indépendante et contrôlée par ses fondateurs ? Une éventuelle introduction en Bourse est régulièrement évoquée par les observateurs, même si aucun calendrier public ne permet de la considérer comme acquise.
LabStar et la gestion du laboratoire
En janvier 2023, 3Shape annonce l’acquisition de LabStar, fournisseur d’un logiciel de gestion de laboratoire. Ce rachat est cohérent avec l’évolution de l’entreprise : il ne s’agit plus seulement de scanner ou de concevoir, mais de gérer l’ensemble du cycle de vie d’un cas.
Un laboratoire numérique ne se limite pas à un fichier STL ou à une couronne conçue sur écran. Il doit organiser les commandes, les clients, les délais, les fichiers, les étapes de production, la facturation, les expéditions, la communication et le suivi des dossiers. La gestion devient donc un élément stratégique du flux.
Avec LabStar, 3Shape renforce sa présence dans un domaine longtemps séparé de la CAO : le pilotage administratif et opérationnel du laboratoire. Cette évolution montre que l’avenir de la dentisterie numérique se joue autant dans l’organisation que dans la conception.
Pour les laboratoires, c’est un point important. Le numérique ne doit pas seulement permettre de dessiner plus vite. Il doit aussi aider à mieux suivre les cas, réduire les oublis, clarifier les échanges avec les cabinets et améliorer la rentabilité.
TRIOS 5, Unite et l’écosystème connecté
À partir des années 2020, la bataille du scanner intra-oral change de nature. La vitesse de scan et la qualité d’image restent importantes, mais elles ne suffisent plus à différencier durablement les fabricants. L’enjeu devient l’expérience complète : ergonomie, hygiène, cloud, applications, communication avec le laboratoire, suivi patient et intelligence logicielle.
Avec TRIOS 5, lancé en 2022, 3Shape met en avant un scanner plus compact, plus léger et conçu pour simplifier l’usage quotidien. L’absence de calibration manuelle, la fonction ScanAssist et les améliorations ergonomiques visent à réduire les frictions pour le praticien.
ScanAssist illustre bien la direction prise par l’entreprise. L’objectif n’est plus seulement de capturer des images, mais d’aider le logiciel à construire un modèle plus fluide à partir des données recueillies. L’intelligence logicielle devient un élément central de la valeur du scanner.
En parallèle, 3Shape Unite devient progressivement la plateforme qui relie les différents éléments du flux. Avec Unite 3e génération, annoncé en 2024, l’entreprise renforce l’accès aux scans et aux cas via le cloud, la communication entre praticien et laboratoire, ainsi que la gestion des données sur différents appareils.
Cette évolution répond à une réalité simple : le cas dentaire n’est plus un objet isolé. C’est un ensemble de données qui circule entre le patient, le praticien, le laboratoire, les logiciels, les matériaux, les fabricants et parfois les centres de production. Celui qui organise ce flux occupe une position stratégique.
TRIOS 6 et le virage vers l’IA diagnostique
Avec TRIOS 6 et Dx Plus, présentés dans l’environnement 2025 de 3Shape, l’entreprise franchit une nouvelle étape : le scanner intra-oral n’est plus seulement un outil d’empreinte. Il devient aussi un support potentiel d’aide au diagnostic et de communication avec le patient.
Dx Plus est présenté par 3Shape comme un logiciel assisté par intelligence artificielle destiné à aider à détecter certains éléments de santé bucco-dentaire, comme l’usure dentaire, les récessions gingivales ou les caries selon les indications du fabricant. L’application DentalHealth vise, elle, à prolonger l’expérience patient en permettant un meilleur suivi et une meilleure compréhension des recommandations.
Cette évolution est importante, mais elle doit être lue avec prudence. Les logiciels d’aide au diagnostic ne remplacent pas le jugement clinique du praticien. Ils peuvent assister, objectiver, visualiser ou alerter, mais leur place exacte dans la pratique quotidienne dépendra de leur fiabilité, de leur validation réglementaire, de leur intégration dans les cabinets et de l’acceptation par les professionnels.
Pour les laboratoires dentaires, cette orientation ouvre une question intéressante. Si le scanner devient un outil plus clinique, plus pédagogique et plus connecté au patient, la frontière entre le cabinet et le laboratoire continue de bouger. Les cas simples peuvent être davantage intégrés au cabinet, tandis que le laboratoire devra renforcer sa valeur sur les travaux complexes, esthétiques, implantaires ou nécessitant une expertise approfondie des matériaux.
L’Ukraine, un chapitre humain dans l’histoire de 3Shape
L’histoire de 3Shape ne se limite pas aux scanners et aux logiciels. L’entreprise dispose depuis longtemps d’équipes de développement importantes en Ukraine, notamment à Kyiv. Cette implantation a pris une dimension particulière après l’invasion russe de 2022.
Pour une entreprise technologique, maintenir une activité dans un pays en guerre représente un défi humain, logistique et organisationnel considérable. 3Shape a communiqué sur le soutien apporté à ses équipes ukrainiennes, sur la continuité du travail et sur l’importance de ces collaborateurs dans l’histoire du groupe.
Ce chapitre rappelle une réalité parfois oubliée derrière la dentisterie numérique : les outils utilisés chaque jour dans les laboratoires et les cabinets sont conçus par des équipes internationales, souvent réparties dans plusieurs pays. Derrière les fichiers, les interfaces et les algorithmes, il y a des ingénieurs, des développeurs, des techniciens support, des formateurs et des responsables produit.
Dans le cas de 3Shape, l’Ukraine n’est pas un détail. Elle fait partie de l’identité technique et humaine de l’entreprise.
Nouvelle gouvernance, nouvelle phase
En février 2025, 3Shape annonce la nomination de Jacob Vishof Paulsen comme nouveau directeur général. Il succède à Jakob Just-Bomholt, qui avait dirigé l’entreprise pendant cinq ans.
Cette nomination intervient dans une période de maturité. 3Shape n’est plus une start-up technologique, mais un acteur mondial de la dentisterie numérique. Son enjeu n’est plus seulement d’innover, mais de maintenir sa position face à une concurrence de plus en plus forte.
Le marché des scanners intra-oraux, en particulier, s’est densifié. Les praticiens comparent les prix, les abonnements, les formats ouverts, la simplicité d’utilisation, les garanties, les intégrations et la qualité du support. Les laboratoires, eux, attendent des flux fiables, compatibles et économiquement soutenables.
La nouvelle phase de 3Shape consiste donc à défendre son statut premium tout en répondant à un marché qui demande plus d’ouverture, plus de simplicité et plus de maîtrise des coûts.
Ce que 3Shape a changé pour les laboratoires
Pour les laboratoires dentaires, l’impact de 3Shape est considérable. L’entreprise a contribué à installer l’idée qu’un laboratoire moderne devait maîtriser le scan, la conception numérique, les bibliothèques, les flux de fichiers et la communication digitale avec le cabinet.
Avant la généralisation de ces outils, beaucoup de travaux reposaient sur des protocoles entièrement physiques. Le numérique a déplacé une partie du savoir-faire. Le prothésiste doit toujours comprendre l’occlusion, les matériaux, les contacts, l’esthétique et la fabrication. Mais il doit aussi savoir lire un scan, vérifier un fichier, corriger une conception, choisir un protocole, gérer une bibliothèque implantaire et préparer une production.
3Shape a accompagné cette mutation, mais elle l’a aussi accélérée. Pour certains laboratoires, ses solutions ont permis de gagner en précision, en rapidité et en organisation. Pour d’autres, elles ont représenté un investissement lourd, avec des abonnements, des mises à jour, des modules et une dépendance à un environnement technique parfois complexe.
Cette ambivalence est normale. Toute technologie structurante apporte à la fois des gains et des contraintes. L’histoire de 3Shape est aussi celle de cette tension : rendre le laboratoire plus numérique, plus efficace et plus connecté, tout en posant la question de la liberté technique et économique des utilisateurs.
Ouverture, formats et interopérabilité
L’un des sujets les plus importants pour les laboratoires reste l’ouverture des flux. Pendant longtemps, une partie du marché dentaire numérique a fonctionné avec des systèmes plus ou moins fermés. Les utilisateurs pouvaient se retrouver dépendants d’un fabricant, d’un format, d’une plateforme ou d’un abonnement.
La demande d’interopérabilité a progressivement augmenté. Les laboratoires veulent pouvoir recevoir des fichiers de différents scanners, travailler avec différents logiciels, envoyer vers différentes machines, utiliser plusieurs bibliothèques et collaborer avec des praticiens équipés de systèmes variés.
3Shape a progressivement intégré davantage de possibilités d’export, de connexion et de collaboration avec des formats standards et des partenaires multiples. Cette évolution est essentielle. Dans un secteur où les laboratoires doivent rester agiles, l’ouverture n’est pas un détail technique : c’est une condition de liberté professionnelle.
Une concurrence de plus en plus forte
3Shape reste un acteur majeur, mais le marché n’est plus celui des débuts. Medit, Dentsply Sirona, Align, exocad, Carestream, Shining 3D et d’autres acteurs participent à une concurrence intense, chacun avec ses forces : prix, ergonomie, ouverture, puissance logicielle, réseau, intégration ou accessibilité.
Cette concurrence est plutôt saine pour les utilisateurs. Elle pousse les fabricants à améliorer leurs produits, à réduire les contraintes, à simplifier les interfaces et à proposer des modèles économiques plus adaptés.
Pour les laboratoires, cela signifie qu’il ne faut plus choisir un outil uniquement pour sa réputation. Il faut analyser le flux complet : compatibilité avec les cabinets partenaires, coût total, support, modules nécessaires, qualité des bibliothèques, possibilités d’export, intégration machine, formation et évolutivité.
Dans cette compétition, 3Shape garde une image forte, surtout sur le haut de gamme et l’intégration. Mais l’époque où quelques acteurs dominaient sans contestation est terminée. La dentisterie numérique est devenue un marché ouvert, exigeant et très mouvant.
Une histoire qui raconte la transformation du métier
Au fond, l’histoire de 3Shape raconte aussi celle des laboratoires dentaires. En vingt ans, le métier a changé de rythme, d’outils et parfois de langage. Le prothésiste est passé du plâtre au fichier, de la cire à l’écran, du poste manuel au scanner, de la fiche papier au flux numérique.
Mais l’essentiel n’a pas disparu. La réussite d’une prothèse dépend toujours du regard professionnel, de la compréhension du cas, du choix du matériau, de la précision des contacts, de l’esthétique et de la relation avec le praticien.
Les technologies comme celles de 3Shape ne remplacent pas ce savoir-faire. Elles le déplacent. Elles rendent certaines tâches plus rapides, mais elles demandent aussi de nouvelles compétences. Le prothésiste doit apprendre à dialoguer avec la machine sans perdre son jugement métier.
Conclusion
De l’audioprothèse aux scanners intra-oraux, de Dental System à Unite, de la CFAO de laboratoire à l’intelligence artificielle assistive, 3Shape a accompagné l’une des plus grandes transformations de la dentisterie moderne.
L’entreprise danoise n’a pas été seule à écrire cette histoire, mais elle en a été l’un des acteurs les plus influents. Elle a contribué à rendre le numérique plus présent dans les laboratoires, à connecter davantage cabinets et prothésistes, et à installer l’idée qu’un cas dentaire est désormais autant un flux de données qu’un travail de matière.
Pour les laboratoires dentaires, l’histoire de 3Shape est donc plus qu’une histoire d’entreprise. C’est un miroir de leur propre transformation. Elle rappelle que la technologie peut accélérer, organiser et simplifier, mais qu’elle ne remplace jamais la compétence professionnelle qui donne du sens au résultat final.
Dans les années à venir, 3Shape devra continuer à répondre à plusieurs attentes : innover sans enfermer, automatiser sans déposséder, connecter sans compliquer, et accompagner les laboratoires dans une transition numérique encore loin d’être terminée.
Sources
- 3Shape — Who We Are / Our Story
- 3Shape — pages produits TRIOS, Dental System, Unite et Dx Plus
- 3Shape — communiqués de presse : règlement du litige avec Align Technology, acquisition de LabStar, TRIOS 5, Unite 3e génération, nomination de Jacob Vishof Paulsen
- EQT Group — acquisition d’une participation minoritaire de 20 % dans 3Shape
- Align Technology — communiqué sur le règlement des litiges avec 3Shape
- Dental Tribune — articles sur 3Shape, son histoire et sa gouvernance
- Institute of Digital Dentistry — analyses des scanners TRIOS et de l’écosystème 3Shape



